accueil book accueil book portefolio actualités book

Présentation.

 

WHAT HAPPENED TO MARTHA ?

 

 

Sauvetage affectif, 2 euros.

Au détour d'un rayonnage d'Emmaüs j'ai trouvé, un très bel album de photographies de famille, relié, recouvert d'un épais papier gaufré et moiré, calé entre quelques missels et revues jaunies. 

 

Rangement, c'est pas le moment.

J 'ai rangé l'album après avoir vaguement tourné quelques pages.

 

Oubli(s). Banalement triste.

Je me suis rappelée cette malle trouvée il y a 25 ans dans une benne, près de la gare St Jean à Bordeaux. Plusieurs vies en noir et blanc et petits formats délicatement crénelés, enfermées dans une malle en carton jetées dans le chaos des vestiges d'un immeuble en démolition.

Assise dans la benne, j'avais regardé une à une les photographies, en avais choisi et gardé quelques unes. L'esprit traversé par des sentiments contradictoires j'ai abandonné les autres aux gravats. J'ai gardé la malle, légère...

 

Un temps à prendre.

Quelques mois se sont écoulés, j'ai ouvert l'album .

 

Stupeur. Omniprésence électrique.

Une petite fille au regard singulier et à la présence solaire irradiait les pages sombres. Le regard perçant parfois inquiétant. Je l'ai spontanément nommée Martha, sans raison à priori, ni référence particulière.

 

Martha et ses fantômes. 1934/1939/2014

J'ai commencé une investigation de toutes les photographies de l'album tirées sur papier Gevaert à la recherche d'indices sur Martha et sa famille. Rien, hors mis quelques dates, un nom illisible, deux lieux identifiés: les jardins de la Fontaine à Nîmes et les rivages inchangés de l'île de Porquerolles. Des photographies qui témoignent d'un vernis de bonheur et d'une certaine aisance. Des figures heureuses, d'autres, inquiétantes.

 

Qu'est-il arrivé à Martha ?

Je me suis approprié en tout ou en partie les images ou Martha apparaissait. Elles m'ont intimé des histoires, retouchées, entre les petites et la grande sur la temporalité et le chemin de la disparition de Martha et sur les multiples raisons qui conduisent des pans d'histoire familiale à se perdre dans les rayonnages des brocantes ou à s'amalgamer en vrac avec des inconnus dans les boites à gâteaux métalliques carrées.

 

Une trame narrative s'est dessinée en 5 parties.

 

Inquiétante(s) étrangeté(s).

J'ai fantasmé plusieurs récits, partagé des monstres avec Martha dans une fusion fictionnelle faisant écho à une histoire personnelle et aux lents processus de révélation des secrets de famille.

Le vide a contaminé les espaces. Le noir a repoussé les bords ou contraint les cadres, narguant les limites fragiles de l'image et de notre présence au monde. Des formes sont apparues, parfois menaçantes. Des ombres ont grandi, des figures se sont effacées pour en révéler d'autres. D'autres détails étrangers à l'album et extraits de photographies personnelles se sont immiscés.

 

Martha et sa famille m'ont accompagné pendant plus d'un an dans un lent travail de reprographie et de retouche. Leur présence/absence ont imprégné mon quotidien. L' appropriation de ces photographies questionne la frontière infra mince entre la banalité et la singularité de l'existence et du geste photographique. C'est une projection sur les liens, les évènements qui unissent ou séparent, un focus sur les instances de la mémoire et les raisons parfois nécessaires de l'oubli ordinaire. 

 

La série intégrale comporte 70 photographies.

Part 1 Mother€Part 2 The other€Part 3 Même pas peur€Part 4 Surronding shadows

Part 5 Dissolve and vanish

 

« Dans un premier mouvement, je me suis ecrie : « c’est elle ! C’est bien elle ! c’est enfin elle ! (...) maintenant j’ai envie d’agrandir ce visage pour mieux le voir, mieux le comprendre, connai‚tre sa verite (...) et que je vis dans l’illusion qu’il suffit de nettoyer la surface de l’image, pour acceder a€ ce qu’il y a derrie€re (...) Helas, j’ai beau scruter je ne decouvre rien : si j’agrandis, ce n’est rien d’autre que le grain du papier : je defais l’image au profit de sa matie€re ; et si je n’agrandis pas, je n’obtiens que ce seul savoir, possede depuis longtemps, de€s mon premier coup d’œil : que cela a effectivement ete. »

Roland Barthes, la chambre claire.